6. nov., 2016

ANALYSE FIGARO ELECTION AMERICAINE.

Jean-Eric BRANAA. - C'est en tout cas un événement majeur, mais dont, évidemment, on ne sait pas quelle sera l'issue avant le 9 au matin. En réalité, les deux candidats sont détestés par les électeurs. Incapables de créer une véritable adhésion autour d'eux, Hillary Clinton et Donald Trump se sont donc lancés dans une course à l'échalote pour essayer de se faire tomber l'un l'autre. Depuis quelques mois, on observe à chaque fois que celui sur qui un scandale tombe chute de façon vertigineuse dans les sondages. À quelques jours de l'élection, c'est à cela qu'on assiste aujourd'hui autour d'Hillary Clinton. Une autre séquence a eu lieu il y a moins de deux semaines, mais cette fois-ci la candidate démocrate était douze points devant alors que Donald Trump était empêtré dans des affaires de libido. Depuis vendredi dernier, on se trouve dans une situation totalement inverse. Cette campagne est complètement folle et ne repose sur aucune base politique, idéologique ou partisane sur laquelle les électeurs peuvent s'appuyer.

Dans quelle mesure Wikileaks pèse sur l'élection américaine. Est-ce que Julian Assange pourrait révéler de nouveaux secrets explosifs d'ici le 8 novembre?

C'est ce que craint l'État-major démocrate. Un scandale supplémentaire du côté d'Hillary Clinton dans une campagne hystérisée et si catastrophique pour elle dans cette séquence la ferait très certainement chuter définitivement. Si Julian Assange a encore quelque chose, il est certain qu'il va décider du sort de cette élection. Maintenant, a-t-il encore quelque chose? Cela fait de longs mois qu'on nous parle des révélations possibles de Wikileaks. Disons que, jusqu'à maintenant, c'était quasiment des pétards mouillés. Il n'y a pas eu vraiment de révélations de Wikileaks susceptibles de mettre en danger la candidature d'Hillary Clinton.

On a vu que l'écart se resserrait entre les deux candidats dans la moyenne des sondages nationaux. Certains sondages donnent même Trump en tête. Mais, au-delà, que penser de la fiabilité des sondages aux États-Unis?

C'est l'éternelle question qui se pose dans toutes les sociétés démocratiques aujourd'hui. Aux États-Unis, c'est assez particulier parce que l'élection se joue à deux bandes. C'est un vote indirect puisque ce sont les grands électeurs qui élisent directement le président des États-Unis. On a donc d'abord des sondages qui révèlent une photographie nationale: que penseraient les Américains à un moment X? En réalité, ce qu'il faut regarder surtout, ce n'est pas ce que pensent les Américains dans leur ensemble, mais ce que pensent les électeurs dans chacun des États. Quand on regarde les choses ainsi, on n'a pas forcément les mêmes résultats. En revanche, il est clair qu'il y a actuellement une vraie tendance au resserrement entre les deux candidats. Hillary Clinton et Donald Trump ne sont plus effectivement que dans une fourchette entre 0 et 2 points, autrement dit dans la marge d'erreur. N'importe lequel des deux pourrait être le gagnant le 9 novembre.

Ce qui interpelle le plus les analystes, c'est la multiplication du nombre de Swing States - les Etats qui peuvent faire basculer l'élection. On en avait quatre ou cinq jusqu'à maintenant, qui étaient encore nos Swing States d'observation il y a un mois. Mais aujourd'hui, je pourrais vous en citer une quinzaine (sur cinquante États, ndlr). On a l'impression qu'il y a le feu aux États-Unis et, effectivement, l'élection n'est plus jouée nulle part, même dans des États qui étaient très bleus ou rouges, sachant que le bleu correspond au parti démocrate et le rouge au parti républicain. Mais il faut ajouter qu'il y a deux semaines, c'était le même phénomène mais dans l'autre sens, au profit d'Hillary Clinton. On parlait même alors de la possible chute du Texas qui serait devenu un État démocrate. Aujourd'hui, nous parlons de la chute d'États promis aux démocrates, comme la Floride, le Nevada ou le New Hampshire qui pourraient tomber dans l'escarcelle de Donald Trump.

Est-ce que l'abstention n'est pas aussi une des clés du scrutin? Est-ce que Donald Trump pourrait rallier à lui des personnes qui ne s'intéressaient plus à la politique? Inversement, avec ces scandales, est-ce que Hillary Clinton pourrait perdre des électeurs proches par exemple de Bernie Sanders?

C'est la question centrale depuis le départ de cette élection. Dans l'hystérie de la campagne, on s'est aperçu que les gens sont allés s'inscrire en masse. Rappelons qu'aux États-Unis, il faut se réinscrire à chaque élection parce qu'il y a une forte mobilité des électeurs d'un État à un autre. Alors qu'on a normalement 125 millions d'électeurs pour l'élection présidentielle, on a cette fois-ci plus de 200 millions de personnes qui se sont déjà inscrites sur les listes. Va-t-on vers une abstention record comme pourrait le laisser supposer le rejet général des deux candidats? J'aurais plutôt tendance à penser le contraire. C'est une clé du scrutin puisqu'on a vu le week-end dernier en Floride, où il y a un vote par anticipation, que sur les 3,6 millions d'électeurs sont déjà allés voter (sur les 8,5 millions d'inscrits que compte l'État en question), 70% de ces 3,6 millions d'Américains étaient des blancs, 14% des hispaniques et 11% des noirs, ce qui signifie concrètement que le vote communautaire sur lequel Hillary Clinton compte particulièrement se mobilise peu pour l'instant. Les communautés noire ou hispanique pourraient se réfugier dans l'abstention, ce qui serait un vrai problème pour la candidate démocrate.